brèves d'escales

poser le sac, à nouveau


"Brèves d'escales" se termine.
Après les quelques virées dans les îles de l'océan indien, les diverses Amériques, l'Asie du Sud et du Sud-Est, et un pour finir un quasi tour de l'Afrique, mes émerveillements se sont un peu émoussés. Non pas que je sois devenu blasé, bien au contraire, je suis toujours avide de nouvelles terres et de revenir fouler les sols que j'ai appréciés (et même ceux que je n'ai pas aimés d'ailleurs, afin de me refaire une opinion moins sombre).
Disons que si je continuais ce blog, il perdrait de sa candeur et surtout je risque de basculer vers un relativisme malheureux, ce que tout voyageur sensé essaie d'éviter.
Alors j'arrête brèves d'escale et vais sans doute créer un autre blog plus joyeux et puis léger, contant mes absences d'aventures en compagnie de mon fier esquif P'tit mousse.
Rendez-vous cet été alors...
Je poste ci-dessous un dernier article en guise de conclusion, une réflexion générale sur les ports, peut-être pour donner un sens à brèves d'escale avant de les fermer définitivement.

Nous autres, marins, avons la chance de voyager d’une certaine façon qui semble pourtant aujourd’hui démodée, trop lente, qui paraît venir d’un temps réservé aux pionniers tout droit sortis d’un livre d’histoire. A croire que la modernité n’a pas eu raison de notre patience…

Parce que nous sommes parmi les derniers à compter les distances en jours (pour paraphraser Deniau), parce que nos yeux voient la terre se rapprocher lentement, après plusieurs semaines d’un horizon infini et indéfinissable, quele corps s’est habitué à contrebalancer le mouvement de la houle et qu’il se plaît à reposer sur un sol instable, que l’esprit est devenu solitaire, qu’ils’est émancipé du temps et s’est absenté de la communauté humaine, nous arrivons sur terre comme des étrangers. Même chez nous.

Parce que la mer est fatalement devenue notre « ici », où que nous atterrissions, nous venons inévitablement d’un « ailleurs ».

Ce sentiment étrange est conforté par un autre aspect plus prosaïque ; Nous jetons les amarres dans un port. Or, un port est rarement la vitrine d’un pays. Très utile voire indispensable à l’économie de la ville ou du pays, mais rarement attractif. Lieu de passage et d’immigration clandestine - ou en tout cas incontrôlée -, de contrats de travail inexistants, de friches industrielles, d’emplois qui nécessitent une main d’œuvre peu qualifiée et peu regardante de la sécurité du travail et de son salaire, un port a souvent beaucoup de richesses en transit, mais un PNB par habitant souvent faible. Parce que le port, populaire, est estimé incontrôlable, on préfère faire de la ville d’à côté le haut lieu culturel et le centre des affaires… Mais on vante rarement son port, sauf bien sûr pour ce qu’il est - son tonnage et ses capacités d’accueil -, mais uniquement pour cela. C’est un utilitaire, rien de plus.

De surcroît, dans notre imaginaire collectif, relayé par la littérature et le cinéma, le port devient la nuit la tanière de la pègre. « Certains lieux parlent d’eux mêmes » écrivait Stevenson. Le port, quant à lui, appelle au meurtre, à la prostitution, aux trafics en tous genres. Refuge des rats et chiens errants, des violeurs et renifleurs de petites culottes, des smugglers et autres trafiquants de drogues, des dockers en journée travestis en psychopathes la nuit.

Se promener dans un port la nuit est toujours une expérience un peu lugubre, si les marins sont suffisamment à jeun pour s’en rendre compte. Entre la porte d’entrée et le quai où est accosté le navire, on traverse de grandes friches vides, mal éclairées, où l’on devine dans les grandes masses sombres des grues, des wagons, des silos, des montagnes de containers, des grandes machines de manutention, d’immenses hangars souvent dans des états lamentables complètement dilapidés, en tôle froissée et aux vitres cassées. Et toujours du bruit : rats qui renversent les poubelles, grincement des poulies mal graissées, grondement sourd de l’inertie des wagons sur les rails, écho d’un caillou jeté sur un container vide… Bruits apparemment anodins, mais suivis d’un silence de mort qui en renforce leur puissance suggestive et nous accompagne jusqu’à notre propre navire qui nous accueille par le cliquetis des câbles sur la mature, le craquement des aussières qui se cisaillent sur les bittards, le ronronnement de ses diesel alternateurs et le roulis de la coupée sur le quai en béton.

Et puis… un port est souvent inélégant. Les dockers, les lamaneurs, puis les shipchandlers, manquent du vernis que l’on exigerait ailleurs pour les clients. Quant aux filles des ports, les pauvres traînent derrière elles une sacrée réputation...

Le voyageur qui arrive par l’aéroport ou la route ne ressent pas du tout cela.

Et malgré tout, un port est attachant, car il est humain, habité par une communauté sans fard, sans esbroufe, sans culte du corps ou du superficiel. Les relations qui s’y créent sont réelles, profondes. Un port n’a pas les qualités de l’accueil aux standards d’un aéroport, mais au moins on s’y sent chez soi. Jamais dans un aéroport ou une gare.

Dans les ports, on apprécie l’absence de ces hôtesses d’aéroport au sourire de publicité de dentifrice, aux vêtements excessivement impeccables, au maquillage exagérément coloré et au parfum trop sucré, à l’allure trop sophistiquée, aux réponses automatiques. Très serviables et toujours polies, certes, mais parfois des machines commerciales, des vendeuses de service, quelque part la caricature du secteur tertiaire.

On goûte également l’absence de ces fonctionnaires robotiques qui ne regardent queles papiers que vous leur tendez et qu’ils jugent avec mépris parce qu’ils sont assis et vous debout, entre des centaines de gens qui font la queue à attendre le tampon qui vous permettra de traverser, tandis que votre voiture attend sur le parking.

Un port vous accueille avec ses dockers défoncés, le sourire édenté, avec pour seul uniforme leur chasuble orange. Il n’y a pas l’odeur aseptisée des aéroports, mais l’air salé qui apporte les effluves de détritus, de fruits pourris, de poissons séchés par le soleil et de bétail, avec son lot de mouches… Je ne peux l’expliquer, mais un port, dans mon esprit, a toujours cette odeur là ; l’arrivée à terre a toujours des senteurs de sable, de poussière, de poubelle, de dromadaires ou de chèvres, de charbon, d’huile de moteur et de figues blettes.

Revenez 5 ans après, le même shipchandler roublard vous attend sur les quais, avec son petit cadeau de bienvenue et le souvenir de ce vous vouliez acheter la fois précédente. Car chaque port a son « Epidemaïs » phénicien qui le rend vivant, unique.



Publié à 01:09, le 30/05/2010, Toulon
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une autre Venise, dit-on

 
 
 
La simplicité met en valeur des charmes parfois cachés par le génie artistique humain. Et je ne fais pas uniquement allusion à l’art baroque que je n’apprécie que modérément, mais bien à un aperçu plus global…

Ce constat élémentaire ne m’a pourtant réellement affecté qu’après m’être promené en pirogue à Ganvier, ville construite sur pilotis au milieu des eaux marécageuses dans le sud du Bénin.

Ici, point de fioritures : un marché à dominante « pêche » pratiquement au bord du marais et envahi par les moustiques, un sol boueux sur lequel des planches de bois branlantes, en équilibre grâce à l’effet ventouse, font office de ruelles, et des femmes assises sur ce qu’elles peuvent pour ne pas se salir font griller du poisson qui a longtemps perdu de sa fraicheur : « quand il n’y a plus de mouches autour, c’est qu’il n’est plus frais et qu’il faut le jeter, c’est pour ça qu’on se dépêche de le faire cuire »… Je vous prie au passage de noter la saveur du verbe « se dépêcher », d’une portée très relative.

Comme tout le reste, les bateaux - moyen unique de locomotion pour les riverains pour aller du port sur la terre ferme à leurs maisons dans le marécage - sont construits de bric et de broc, mais avec malgré tout une certaine homogénéité. On ne fabrique pas n’importe comment un bateau : Coque dégrossie à partir d’un tronc d’arbre, voilure tissée dans un assemblage de sacs de riz en toile de jute, mât fait d’une simple branche et rame en guise de gouvernail. L’environnement nautique étant principalement marécageux, donc à hauts-fonds, une perche constitue donc souvent le moyen de propulsion principal.

Ainsi, nous autres modernes en quête de pittoresque, amassés dans une pirogue de location pourvue d’un moteur hors-bord, ne sommes pas franchement les bienvenus. Les enfants nous insultent ouvertement et les adultes nous méprisent, à l’exception peut-être d’une vendeuse de beignets de manioc et de bananes qui nous avait abordés dans sa petite pirogue pour nous quitter toute souriante sans nous rendre la monnaie (on allait tout de même pas sauter à l’eau non ?), et les deux propriétaires du magasin de souvenirs, pour qui nous étions le seul fonds de commerce. Mais à la réflexion, leur mépris n’était sans doute que mieux dissimulé…

C’est un endroit qui malgré tout inspire une sympathie particulière de la part du visiteur : voir ces pirogues de fortune glisser sur les marécages entre les filets de pêche, souvent dirigées par les enfants, regarder ces gamins experts en manœuvre délicates pour aller chercher leurs copains à l’école et inventer un panel de jeux nautiques dans leurs quartiers aquatiques, sentir cette ville de 30 000 habitants vivant sur des maisons de travers, bercée par le clapot sous la salle à manger et l’éternel craquement des structures…
bref une ambiance de marins dans une ville qui vit différemment des autres, consciente et fière de son mode de vie atypique et qui tient à le préserver tant bien que mal en espérant faire partir les touristes par des insultes. Et peu importe si je suis la victime de leurs quolibets, ils me plaisent ces gosses, et je crois bien qu’au fond de moi je les envie un peu d’avoir un tel trésor à protéger… Donc oui, ça vaut la peine de se faire jeter à coup de jurons et de bras d’honneurs pour le payer le prix du petit coup d’œil.

Certes, aucun Andrea Palladio n’a contribué à la construction de Ganvier, ni un Véronèse ou un le Titien ne l'a décoré, pas plus qu’un doge n’a élevé la ville au statut d’Etat, mais cette petite perle sur l’eau est belle dans sa nudité et sa virginité, car il semble qu’à ce jour personne n’a encore pu ou simplement osé lui ôter sa vertu.


Publié à 11:22, le 20/03/2010, Cotonou
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je vous demande pardon ?

 

 

 

Rarement je n’ai eu à faire face à autant d’incompréhension avec mes interlocuteurs. Certes, les ghanéens sont anglophones, mais la barrière de la langue n’explique pas tout : 1/ parce que globalement je comprends bien l’anglais 2/ parce que dans les autres pays anglophones je n’ai jamais eu de difficulté 3/ parce que l’agent maritime était français et qu’a priori on était censé se comprendre mutuellement…

Bref, je passerai outre les difficultés d’ordre professionnel : des prestataires de service jamais à l’heure et de toute façon, jamais au bon endroit, des commandes logistiques demandées 4 fois, à chaque fois face à un responsable différent, qui n’ont donc pas abouti, et pour finir l’agent maritime qui me fait un scandale la veille de l’appareillage soit disant qu’il n’a pas été payé depuis 4 ans… Je ne parlerai pas non plus de mes difficultés à quitter le pays et le nombre de bakchichs donnés aux nombreux intermédiaires pour obtenir un visa de transit.

Outre le grand plaisir de retrouver au Ghana une amie que je n'avais pas vue depuis longtemps, je m’efforcerai donc à garder un souvenir plaisant de ce pays, qui je pense restera en mémoire en chacun de mes sens ; les marchés.
et oui, ils valent vraiment le détour au Ghana, qu’ils soient à l’Est, à Téma et Accra, ou à l’ouest, à Takoradi. Celui de Takoradi surtout, centré sur un colisée qui devait peut-être à l’origine être le début d’une construction d’un terrain de football.

L’accès est ardu : sur un rayon de quelques centaines de mètres autour du Colisée, au milieu des trottoirs et de la chaussée, l’agitation bat déjà son plein, dominée par les racolages des marchands à la sauvette qui n’ont sans doute pas les moyens de louer une place fixe à l’intérieur.

On est tout d’abord frappé par l’extraordinaire densité et multiplicité des effluves qui se dégagent de ce colisée et de sa large banlieue... A peine dégagé de l’odeur asphyxiante des vapeurs d’échappement des voitures, seulement entré dans l’antichambre du marché parmi la rumeur de la foule qui se presse autour du colisée, que je suis envahi, presqu’enivré par un mesclun d’odeurs de poisson grillé, de graisse d’agneau, de fruits confis par le soleil, de cuir, de plastique encore chaud, de goudron, d’huiles diverses, de viande séchée ou en cours de séchage avec le sang coagulé qui peu à peu forme une croûte peu avenante, de café, de cacao, de cuivre, de gasoil dans des bouteilles de verre ouvertes… Une femme me frôle avec des pâtisseries au chocolat sur la tête, une autre avec des œufs durs, une autre avec des fagots d’hévéa, ou des beignets de manioc, ou un moteur de tondeuse, du linge blanc écarlate fraichement lavé, une machine à coudre, tout cela dans un embouteillage somme toute sympathique.

Une fois passé non sans difficulté ce seuil engorgé, le marché offre un spectacle qui ne manque pas de charme. Des échoppes sont assemblées de bric et de broc dans un ordre particulièrement anarchique, laissant s’entrecroiser quelques dédales de ruelles étroites non pavées, constituées de boue tassée cimentée par des détritus divers. On ne perçoit que des voix féminines ou des voix d’enfants au fur et à mesure que le visiteur tente de chiner dans les boutiques, peinant à s’arrêter car rapidement entrainé par le flux continuel de jeunes adolescents travaillants en tant que commis pour le compte d’échoppiers.

Là encore, il n’est pas aisé de se retrouver dans ce labyrinthe. La forme circulaire brouille le sens de l’orientation et les mélanges de genres finissent définitivement par effacer les points de repères. Les tailleurs côtoient les poissonniers et les bijoutiers, et les marchands de fruit partagent leur boutique avec les cordonniers et les bouchers. D’ailleurs, personne ne semble s’y retrouver vraiment. De partout, les questions fusent de la part de marchands visiblement étonnés de nous croiser en cet endroit : "Mais qu’est-ce vous cherchez donc ?" et des réponses évasives malgré l’intervention des voisins qui faisaient semblant de connaître les lieux…

Y a-t-il vraiment des clients dans ce marché d’ailleurs? il m’a plutôt semblé voir une économie de troc où sont confondus clients et fournisseurs, un forum plus social qu’économique…



Publié à 18:59, le 22/02/2010, Accra
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pour la beauté d'une porte et nos rêves de gosses

 

article posté avec quelques mois de retard...

 

 

 

C’est un fait : tous ceux qui ont visité Zanzibar nous empoisonnent la vie. Après tout,  Sacha Guitry ne disait-il pas que les voyages, « ça sert surtout à embêter les autres une fois qu’on est rentré » ?

Cela fait donc deux bonnes raisons d’y aller. La première pour clouer le bec à ceux qui l’ont déjà vue et ainsi les empêcher, sans les vexer, de vous imposer le diaporama – ou pire, le film vidéo – quand ils vous invitent à boire un café. Quant à la seconde, elle s’impose d’elle même...

Enfant, quand vous lisiez l'île au trésor de Stevenson, rappelez vous du coffre dans la chambre de l’auberge « l’admiral benbow » d'où Jim Hawkins sortait une vieille carte sentant le goudron et le tabac moisi… Stevenson ne décrit que la carte, le coffre n’est donc que le pur fruit de l’imagination du lecteur. Pour ma part je le vois en bois vermoulu couleur acajou, très lourd, avec d'énormes ferrures couleur or sur l'ensemble des rainures du cube, et le haillon arrondi avec des arabesques. Et bien entendu, les charnières grincent, inévitablement...

 

Et bien ce coffre était un coffre zanzibari. Comment ne pas stimuler l'imagination et le retour aux rêves de voyage de gosse quand on voit cela dans le patio d’une grande maison à Zanzibar ?

 

Et les portes... on retrouve les mêmes mais plus discrètes et cachées dans le port de Mombasa, au Kenya, juste en face. Grandes, lourdes, chargées et pourtant si élégantes, raffinées. Zanzibar nous accueille donc avec ses portes, parce qu'on finit par ne voir plus qu'elles. Et on ne peut s'empêcher d'y voir une métaphore, un message pour l’étranger de cette ville qui se veut porte. Porte sur quoi d'ailleurs ? Sur l'Afrique, bien sûr, sur l'Asie, la Perse, et dans le même temps sur notre imaginaire.


On a effectivement le sentiment de franchir le seuil d'une maison ; les habitants sont différents d'en face, ressemblent à l'humanité en général mais à personne en particulier, semble vivre hors du temps et en même temps font preuve d’une modernité réelle, font toujours la richesse de la région et utilisent un tourisme teinté de nature et de commémorations (baignade parmi les tortues etles dauphins, culte de la maison de Freddy Mercury e.g). Bref, comme une porte, ça ouvre sur tout mais il faut vouloir entrer, et voir en Zanzibar autre chose qu’une belle île. Avec un peu d’imagination et de chimères, alors ça devient magique...

On est dans un monde parallèle comme dans un conte des mille et une nuits. Tout nous semble simple, doux et frais comme un baiser… Tout, ici, semble empli de fraîcheur : les barques de pêcheur à la voilure si élégante et la gite si gracieuse, qui glissent sur l’eau et viennent s’échouer en douceur sur le sable farineux, le tartare de poisson frais sur une table plantée dans le sable, l’architecture de Stone town et la chaleur de son bois : ses portes, ses escaliers en labyrinthe au bois infatigable, les marqueteries des meubles qui surchargent les pièces (comme si la place manquait pour exposer toute la beauté artisanale de l’île !), le vagabond Vincent qui voyage depuis 10 ans et qui finalement, allez savoir pourquoi, s’arrête ici et ne veut pas quitter Zanzibar, cette jeune fille qui vend ses charmes mais ici, avec une telle discrétion qu'il faut le deviner, et qui sourit avec pudeur aux refus gênés des voyageurs - qui ne sont pas venus ici pour ça, il y a déjà Dar es salaam ! - Même la bière "Tusker" ici, n'a pas le même goût qu'à Dar es salaam ou Mombasa.

 

Zanzibar n’a en effet rien de ressemblant avec le pays du continent auquel elle est rattachée, la Tanzanie. Longtemps sous l’emprise du sultanat d’Oman, et avant fortement colonisée par des perses, elle a sans doute davantage hérité de la culture orientale que de la culture bantoue. Le swahili de Zanzibar est naturellement plus marqué d’arabe que le swahili du continent. Et que parler des échanges avec l’Inde ou la Chine ! Vous l’aurez compris, Zanzibar est d’une diversité inouïe. Mais son secret ne réside peut-être pas là… C’est vrai, on est comme envoûté par Zanzibar, qu’on arrive de Dar es Salaam par ferry ou par un vieux coucou quatre places piloté par un jeune espagnol écervelé qui téléphone à sa copine en même temps qu’il décolle, tout en refermant la porte et donc, zigzagant sur la piste (déjà que je n’aime pas l’avion, alors là…). Et puis, entre nous, on se sent dans une communauté de marins, paisible. Si si, je vous assure, j’ai bien croisé Sindbad au retour de ses sept voyages. Enfin, je crois…



Publié à 13:46, le 5/02/2010, Stone Town
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"Le capitaine et son équipage bien formé vous souhaitent bonne traversée"

 

 

 

   C’est par ces mots rassurants que notre navette traversa la rade de Dakar pour rejoindre l’île de Gorée. Sur les bordées, deux radeaux de survie Bombard, d’une capacité de 300 personnes aux dires du capitaine (nous avons  exactement les mêmes sur notre navire d’une capacité de 60 personnes). Disons donc qu’au nombre de deux cents à bord, pont plein à craquer, nous avions des moyens de survie amplement suffisants en cas de naufrage…

   J’avais déjà pour projet, bien sûr, de visiter l’île de Gorée, incontournable… La veille au soir, dans une taverne à proximité du port de pêche, un baye fall (musulman plutôt libéral adepte tout autant de la religion de Mahomet que de la philosophie d'Hailé Sélassié, qui fume du Yamba, porte des dreadlocks, un boubou en patchwork, des grigri partout et vivant d’aumône auprès d’un marabout) m’avait glissé quelques conseils après que je lui eus offert un verre de ma bouteille de rouge "le pichet" (AOC, mise en bouteille à la propriété). Le sucre, c’est blanc et le sel c’est blanc" me dit-il. "Pour comprendre, il faut goûter… Si tu vas à Gorée, dis que tu cherches l’homme tranquille. Alors tu n’auras pas de problème".

   Bien avisé, donc, je montai à bord de la navette. Je n’ai jamais trouvé cet homme tranquille. A l’arrivée, nous sommes surtout frappés par l’arnaque touristique, affligeante de naïveté. Le premier événement auquel j’ai assisté fut de voir un français convaincu de lancer une pièce porte bonheur de la plage avant à proximité de la cale, que des enfants repêchaient dans la foulée en plongeant à deux doigts de la ligne d’arbre, manquant de se faire broyer par l’hélice ou de se faire écraser entre la coque et le quai.
 
   De mon côté, j’ai cherché l’homme tranquille toute la journée, sans succès. Non, "tranquille" n’est pas le mot approprié pour qualifier cette jolie petite île portugaise, témoin du commerce triangulaire de la traite négrière. Un harcèlement touristique, une jeune femme dénommée Blanche Neige ne m’a pas lâché d’une semelle pour me vendre ses colliers et l’ambiance n’est somme toute pas très sympathique.

   Malgré tout, l’île a toutefois le goût de la sobriété ; musée de l’esclavage laconique et pudique et jumelage discret avec la ville de Drancy dans un souci permanent de commémoration de l’inhumanité. Morbide ? Pas tant que ça, pourtant… l’île tente de trouver des échappatoires culturelles. Notre guide nous montre, avec un sourire amusé, le musée de la femme en face du musée de l’esclavage. "Le musée des problèmes" nous dit-il, et, croisant un de ses amis, "regardez lui par exemple, il a trois femmes !" ce dernier répliquant au tac au tac "trois problèmes"…

   Le retour à Dakar ne m’a pas plus enchanté, certainement dû à des circonstances que j’aurais volontiers évitées. Pour des raisons que je ne développerai pas, j’ai eu l’occasion de visiter les geôles de Dakar. J’avais déjà eu l’opportunité de faire un court séjour dans une prison égyptienne près de Charm el Cheikh, sans que cela ne m’ait laissé un souvenir particulièrement désagréable (c’était une prison du genre "touristique", pour une petite affaire de contrebande). Le résultat est ici nettement plus  affligeant et comment ne pas ressentir de la compassion envers les deux abrutis que j’étais venu chercher ? 

   Non pas que l’ambiance fut mauvaise, bien au contraire, puisqu’un réel esprit de solidarité entre camarades de fortune s’était installé dans la crasse du commissariat. Les détenus n’étant pas nourris, certains reçoivent des vivres de leur famille et les en cas en provenance du bateau ont certainement dû faire le repas de l’ensemble de la cellule. Mais les conditions de vie sont particulièrement putrides. L’odeur d’urine et de transpiration se mêle aux détritus accumulés dans la descente vers les cellules. L’entrée est nauséabonde, remplie de poubelles et de linge sale, et mène vers une travée heureusement sans couverture, donc quelque peu aérée, et bordée de chaque côté de deux cellules d’une quinzaine de mètres carré chacune, où s’entassent une quarantaine de détenus pour les deux confondues. Pas de possibilité de s’allonger, bien sûr, mais quand bien même il y aurait de la place, le sol est jonché de défections. 

   Au fond de la travée, dans une petite cour, des cellules individuelles se font face,  presque VIP… La première, la plus grande, est un cellule des mœurs, m’explique le policier. La porte est ouverte et ne compte qu’une seule occupante, une prostitue d’au moins 40-45 ans avec fort embonpoint. J’en déduis que son absence de clients doit lui  rendre impossible de payer les bakchichs des policiers…

   Je terminerai sur une note plus positive, car malgré tout j’ai aimé Dakar. Vous savez, ou vous êtes doutés que j’aime les bateaux. Et bien les sénégalais aussi. Je crois n’avoir jamais vu d’aussi belles pirogues, dont l’entretien impeccable et l’extrême soin porté au détail laisse stupéfait en comparaison de l’état général du port de pêche et des cahutes du marché de poissons. Colorées, adroitement peintes d’inscriptions et d’enluminures  diverses, elles ont une ligne particulièrement élégante, et elles seules illuminent et égayent toute la baie. A leur façon, elles souhaitent la bienvenue aux bateaux de passage en incarnant la plus belle vitrine de la ville.

 



Publié à 21:36, le 24/01/2010, Dakar
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l`Afrique de notre imaginaire

 L’arrivée à Mombasa ressemble à beaucoup de ports d’Afrique, mais en grand. Mombasa est le plus grand pays de la côte Est africaine, coûte très cher pour les bateaux de passage et arrose pratiquement tout le sous-continent, en denrées diverses. Comme beaucoup de villes portuaires, Mombasa n’offre pas un réel attrait esthétique, le centre ville moderne étant prenant la forme d’une grande avenue « Moi Avenue ».

Et pourtant… un pays que l’on aime découvrir à la volée, le temps d’une halte reposante avant de repartir dans les eaux dangereuses de la corne de l’Afrique. Des gens accueillants, se vantant de leur appartenance à une ethnie alors qu’ils se mélangent sans difficulté. 42 ethnies recensées dans le pays, et une diversité tellement plus grande, mais tous kenyans, tous faisant l’effort d’apprendre l’anglais, conscients de l’intérêt pratique de cette langue éminemment internationale (ce que leurs voisins tanzaniens refusent pourtant, préférant l’utilisation exclusive du Swahili, langue bantoue il est vrai tellement douce à l’oreille !).

Construite sur une île naturelle, elle a toutefois quelques charmes ; un bac qui semble dater des grandes heures de la vapeur fait le lien jour et nuit entre la vieille et la nouvelle ville, dans une ambiance anarchique. Les piétons en retard courent comme des damnés, le pilote hurle dans son mégaphone pour faire accélérer le mouvement et les véhicules partent dans une joute de klaxon pour entrer et sortir à quatre par une coupée qui ne peut accueillir qu’une seule voiture. Tout cela enveloppé d’une musique assourdissante qui sort de je ne sais quel haut parleur.

Et la vieille ville de Mombasa voit côtoyer parmi les natifs noirs beaucoup d’arabes et d’indiens, chacun ramenant un peu de chez lui sur place. On se balade parmi les mosquées, les églises et les temples indiens, croise des filles certaines dénudées, d’autres sombres emmitouflées de la tête au pied, d’autres toutes en couleur vives. Petite ville aux airs de mégalopole… On chine au gré des senteurs d’épices, de fruits pourris dans la rue, de poisson séché au soleil, de viande rouge tranchée depuis déjà plusieurs heures et assaillies par les mouches, et du vent l’océan indien qui souffle fort ici.Et peu de tensions, les chiites et sunnites vivent en parfaite harmonie, seuls les chrétiens, catholiques et coptes, semblent se mettre un peu sur la figure. Rien de bien alarmant…

Et bien sûr un brin « d’exotisme » pour le plaisir des touristes de passage, majoritairement britanniques. Une vieille ville qui vit de photographies et d’artisanat tout en gardant malgré tout un minimum d’aspect authentique sans fioritures exagérées, en toute simplicité, où l’on prend plaisir à flâner sans faire semblant de vouloir acheter leurs pacotilles. Et malheureusement, les quelques réserves affligeantes des Masaï, où, perdus au milieu de la banlieue moderne de Mombasa, ces élégants personnages doivent prostituer leur culture pour gagner chichement leur vie, en vendant du pittoresque définitivement disparu.  

Quant aux endroits de sortie, ils se comptent sur les doigts de la main et sont quasi-exclusivement constitués  de bars à « hôtesses » ; Casabianca, Tembo, New Florida (communément surnommé le « niouf »).

Bref, après la première soirée, le constat est implacable : dégager d’ici au plus vite, voir l’arrière pays. Et il n’y a pas besoin de chercher bien loin. Je trouve facilement en faisant du stop dans la rue un type en minibus qui accepte de m’emmener aux shimba Hills qui étaient, j’avais crû lire, le sanctuaire kenyan des éléphants. Saïd – c’était son nom – me montre une moue sceptique en mâchant son qat mais m’y emmène tout de même. Je comprends sa grimace une fois arrivés là-bas ; pas un éléphant ! Normal, me dit-il, le gouvernement les a tous renvoyés au parc du Tsavo… « Et c’est maintenant que tu me le dis ? Bon… C’est loin le Tsavo ? Non pas trop ? Et bien allons-y alors ! ».

Et effectivement les éléphants étaient au rendez-vous, dès que nous avions franchi les barrières du parc avec son vendeur de chapeaux de brousse, de statuettes de bois et de lances masaï. Et curieusement, j’étais pratiquement seul dans le parc avec Saïd. Tous les deux avec Saïd et sa voiture à se promener sur la terre rouge de la savane, croiser les girafes et leur galop flegmatique, les phacochères en ligne de file la queue redressée, les groupes d’éléphants paissant paisiblement dans les clairières, une famille de lions à la recherche d’un grand acacia pour faire la sieste, rassasiée après avoir dévoré un buffle… Le calme, et le bonheur de Rousseau, Tolstoï ou Thoreau. L’esprit s’élève, le corps se détend, la fatigue s’évanouit après une nuit d’été dans un lodge perdu sur une colline où j’étais le seul client, réveillé à l’aurore par les barrissements d’un groupe d’éléphants (et accessoirement au milieu de la nuit par les gémissements jouissifs de la propriétaire dans la chambre d’en face).

Deux jours… mais qui valent trois semaines de congés, qui redonnent un sourire simple, un peu d’air pur, de la couleur au regard, de l’énergie. 



Publié à 04:08, le 10/05/2009, Mombasa
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l'enthousiasme de Kerguelen était fondé

 

 

Même aujourd’hui, excepté quelques fortunés qui paient le prix fort sur le Marion Dufresne, poser pied à terre aux Kerguelen n’est pas chose commune. Le faire de surcroît par beau temps l’est encore moins.

En dépit des réflexions de quelques aigris se voulant jouer vieux loups de mer « ouaih, les kerguelen par beau temps, c’est pas kerguelen ! », il n’empêche : arriver dans la baie du Morbihan sous ciel bleu, mer belle, avec le mont Ross enneigé qui domine toute la plaine et ouvre sur la petite crique de port aux français, semblable à un petit port de pêche breton dans sa fraîcheur matinale, relève de quelque chose d’exceptionnel. Car la calotte glaciaire Cook, les plaines alentours et les diverses îles de la baie, on les voit rarement de Port-aux-français.

Quant aux longs chenalages dans les fjords de l’archipel, véritable labyrinthe, on a, en général, l’habitude de se fier au radar plutôt qu’aux éléments optiques, constamment sous la brume ou la pluie glaciale.

 

 

         Mais nous, nous étions comme un été dans les Lofoten, à moins que ce ne soit le Corryvreckan ? ou les chenaux de Patagonie… Protégés du vent par les massifs reliefs volcaniques, nous filions de baies en baies entassés sur les ailerons, la plage avant, la passerelle supérieure et la plate-forme hélicoptère, emmitouflés dans une bonne veste de quart à profiter du soleil austral qui massait la peau d’une douce tiédeur, sans nous réchauffer totalement. Le délicieux thé au caramel concocté par les cuisiniers tous les matins comblait les quelques degrés manquants, et la majesté des lieux faisait oublier les doigts engourdis...

 

 

A Port-aux-français, j’ai pu me promener sur le littoral, passant par la chapelle Notre Dame du vent qui résiste à toutes les bourrasques, longer les falaises et les grandes plaines où l’herbe était incroyablement verte, chats et lapins s’enfuyant devant mes pas. Marcher jusqu’à une petite crique, où des flegmatiques éléphants de mer se doraient au soleil, en pleine mue. On a même pu déjeuner dehors, sur la terrasse d’une des bâtisses préfabriquées, devant le bistrot « Totoche ». Au menu, carpaccio de légine. Un délice.

 

 

Le lendemain, dans la baie du Hopeful, au nord de l'archipel, halte rafraîchissante au bord d'une rivière et une cascade qui servaient autrefois à l’approvisionnement des navires en eau douce. Le mouillage est un peu plus complexe car peu hydrographié, l’ancre glisse sur les laminaires avant d’accrocher le sol vaseux à quelques 200 mètres du point de mouillage initial. La manœuvre est effectuée une seconde fois, pour s’assurer qu’on ait bien fait tête, en dépit de la mauvaise humeur des manœuvriers plage avant qui devaient ranger les 130 mètres de chaînes dans la soute à bosco.

 

 

            Puis ce fut la mise à terre pour une mémorable pêche aux moules ; nous étions une quinzaine, habillés en tenue étanche dans l’eau à 5°, à s'écorcher les doigts pour cueillir des kilos de moules parfois grosses comme une paume de main ! Sur les rochers immergés jusqu’à 5 mètres (le marnage est très faible à Kerguelen, il n’y a pas à proprement parlé d’estran), pas un centimètre carré sans moules ! Au bout d’une demi-heure, quatre sacs postaux pleins à ras bord montaient à bord par les potences du passe zodiac. 

         Evidemment, au niveau de la pesée… les sources divergent quelque peu; 60 kilos selon les brassiers, 35 selon la cuisine...

Bah, peu importe, 80 kilos ! si ça peut les faire plaisir... Sûr, une belle ventrée des meilleures moules du monde. De toute façon, elles auraient été infectes, infestées de vers, qu’on les aurait trouvées quand même succulentes.

 

Elles n'étaient pas normales ces moules. Elles avaient le goût de l’insolite, de l’interdit (c’est légèrement protégé tout de même), de l’unique. Des moules qui n’ont pas de prix.

 

 

         La suite fut bucolique. Promenade parmi les herbes hautes aux senteurs de pissenlit et de cresson, au milieu de quelques manchots, pour se diriger vers le lac, semblable à ceux des Highlands, en haut d’un belvédère qui nous offrait la vue sur le lac d’un côté, sur la baie du Hopeful de l’autre et tous les fjords de la côte Est de Kerguelen, avec une excellente visibilité presque insolente.

L’équipage était comme des enfants découvrant une terre après être sortis de prison. Les uns descendaient la rivière sur le dos (en combinaison), d’autres bullaient allongés dans les herbes hautes… Bon sang, où est donc cette île de la désolation dont tout le monde nous parlait avant de partir ?

 

 

 

 

 

 

Et pourtant, la découverte de l’archipel fut un fiasco. L’amiral de Kerguelen, qui n’avait pas posé le pied sur l’archipel, avait dépeint une terre idyllique à son retour à Paris ; une terre fertile, avec tout ce qu’il fallait en eau douce, le nouvel el dorado austral, en somme. Il avait même cru découvrir le continent austral que tout le monde imaginait, comme si le globe était symétrique…

Le deuxième voyage, très mal préparé et précipité, fut un désastre. Il perdit la majorité de son équipage et la confiance des autres, notamment des scientifiques embarqués qu’il méprisait. Pour couronner le tout, à son retour, Kerguelen fut radié de la marine en 1775, condamné à six ans de forteresse à Brest avec l’interdiction de publier quoi que ce soit. Notamment, il lui fut reproché d’avoir embarqué une clandestine (une dénommée Louison, avec qui il entretenait « une liaison scandaleuse »), d’avoir trafiqué et pacotillé pendant les escales, de ne pas avoir rempli les instructions royales et d’avoir abandonné la mission…Tout compte fait, ses petits écarts me le rendent presque sympathique.

 

 

Le grand rival de Kerguelen, le capitaine Cook, fut le seul contemporain à lui rendre justice ; « Une île assez petite que, à cause de sa stérilité, j’appellerais avec justesse l’île de la désolation, si je ne voulais pas enlever à M.de Kerguelen l’honneur de lui donner son nom. ».

 

A mon tour monsieur de Kerguelen je vous rends hommage. Si vous avez vu ces terres comme je les ai admiré, il y avait de quoi être enthousiaste. Ai-je été enchanté par le syndrome des terres australes ? Sans doute, car j’y ai vu presqu’un paradis.

 

 

Vous me direz, Kerguelen, c’est un peu comme la Bretagne, c’est facile de l’aimer l’été…



Publié à 04:15, le 30/03/2009, Port-aux-Français
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descente vers Crozet ou le syndrome des terres australes

 

Il semble qu’en s’élevant au-dessus du séjour des hommes on y laisse tous les sentiments bas et terrestres, et qu’à mesure qu’on approche des régions éthérées, l’âme contracte quelque chose de leur inaltérable pureté. Jean-Jacques Rousseau, La Nouvelle Héloïse 

 

 

 

Peu à peu les températures baissent, la houle se creuse et le vent souffle de plus en plus violemment… apparaissent les premiers albatros au niveau des quarantièmes. Comme grisés par les rafales, ils plongent dans les déferlantes comme des fous, toujours au raz des crêtes sans jamais toucher l’eau, valsant avec furie parmi les vagues, et épousent leurs mouvements brusques avec une précision de funambule.

 

 

Et puis, un après-midi, avant d’arriver à l’archipel de Crozet, le vent se calme, et la brume tombe avec son lot de surprises ; l’odeur salée et piquante des embruns laisse place à une douce fraîcheur, comme si l’on sentait la neige autour de soi et la vie marine s’endort lentement, ne laissant plus que le bruit de l’étrave dans l’eau silencieuse que laisse toutefois une longue houle berçante.

Les albatros, pétrels, goélands, sternes nous accompagnent toujours mais dans un silence respectueux, et les petits manchots royaux, dans l’eau, nous conduisent jusqu’à leur repaire de l’île de la possession. On ne voit pas à 20 mètres, le mouillage s’effectue au radar, sans un bruit, comme des pirates qui arriveraient à la tombée du jour pour prendre le port à la surprise générale.

On n’entend que la longue descente des 120 mètres de chaînes qui défilent le long de la proue. Juste le temps de mouiller avant que le vent se lève à nouveau, repoussant le brouillard par des rafales de 50 nœuds, nous laissant découvrir le spectacle ; Nous sommes dans une baie, entourée d’une côte déchiquetée, au beau milieu de milliers de manchots qui nagent autour des bateaux, nullement effrayés par le couple d’orques qui s’approche du navire, intrigué par ce nouveau visiteur.

Devant nous, d’immenses façades de roches, le long desquelles s’étendent des cascades qui, soufflées par le vent violent des quarantièmes, méprisent la loi de la gravité et sont projetées vers le haut avant de s’envoler dans les airs dans un nuage de bruine… Au loin, sur une petite crique, piaillent les paisibles gardiens des lieux, des manchots par milliers. La plus grande manchotière au monde.

 

 

Ce qui marque à l’arrivée sur la plage, c’est une forte odeur incommodante ; effluves de fientes mélangées à la plume mouillée, de vase et de goémon, et charognes de manchots dévorées par les pétrels.. Alors on regarde impuissants les maladroits pétrels géants subantarctiques traîner leurs sales ailes sur le sol, boitant au milieu des manchots royaux prêts à attaquer le plus faible. Ils attaquent par les orifices, généralement l’anus, et dévorent tout à l’intérieur, sans déchiqueter la peau, laissant la charogne pourrir au milieu de la colonie.

Les manchots sont solitaires et non solidaires, ensemble pour se partager un bout de terrain ridicule, mais surtout pas pour se protéger ! Ici, les pétrels géants sont comme des renards dans une basse cour. Un garde-manger sans aucune résistance. La seule auto-défense des manchots quand on les approche consiste à se lever pour paraître le plus grand possible (autour de 70 cm) et bomber le torse. Autant vous dire que ce n’est pas franchement efficace. De leur côté, les monstrueux éléphants de mer lézardent sur les rochers, indifférents au carnage qui se déroule à proximité, et se contentent d’ouvrir la gueule en grand quand leur rayon de sécurité est franchi.

 

 

On a le réel sentiment d’arriver dans le monde sauvage à l’état pur, et l’impression de déranger cette nature qui n’est pas faite pour nous. Alors on est juste de passage, des étrangers, des vagabonds pour une halte, pour repartir aussitôt. Le syndrome des terres australes, dit-on...

 

 



Publié à 04:03, le 30/03/2009, Port-aux-Français
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vers les mers du sud

ce n'est pas à bord du Snark aux côtés de Jack London que je pars vers les mers du sud, sur un bâteau gris, de la même couleur que l'eau australe.

 

Une semaine de gros avitaillements, les chambres froides pleines à craquer, pour nourrir une centaine de personnes pour 45 jours. Les derniers préparatifs et c'est parti, on sera seuls au monde pendant un mois... Seuls avec les habitants des lieux, albatros, orques, manchots, otaries, moutons et vaches sauvages, à traquer les pirates de légines, contrebandiers à la palangre.

 

Le seul endroit au monde où l'océan fait un tour sur lui même, où aucune côte n'arrête les vents qui ne passent paratiquement jamais en dessous de 50 noeuds. De toute façon, en deçà, les albatros ne peuvent pas voler...

 

belle aventure en perspective...



Publié à 01:45, le 2/03/2009, Le Port
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le paradis de l`artificiel

On dirait que la nature a perdu ses droits. Ici se construit une fausse authenticité du monde, une caricature de la mondialisation avec pour architecte la tyrannie de l’homme moderne. La ville du Lion, dit-on… Plus qu’un lion, un Léviathan qui n’a pour ambition que d’enrichir sa population sous fond de cosmopolitisme, pour mieux l’enfermer dans sa cage dorée. Pourquoi chercher à découvrir le monde, à aller à sa rencontre, quand on peut l’avoir dans le creux de la main ?

 

« Faites du bien, faites du mal, mais faites le toujours avec excès » affirmait Dahli.

 

Ils étouffent, mais disent aimer leur ville qu’ils surnomment tout de même « the fine city ». Et puis, après tout, la liberté n’est-elle pas relative elle aussi ? Certes, cracher par terre, fumer dans la rue, jeter un papier, dire des obscénités, traverser en dehors des passages piétons, prendre un taxi à 30 mètres du panneau « taxi », gratter la place du voisin de devant, valent des amendes totalement disproportionnées, voire une bastonnade au commissariat. Et pourtant, au milieu de cette citadelle anti-libertaire, parmi les colonnes de policiers en tenue et en civil, noyée dans l’ambiance de délation généralisée, vous avez Archord Road… les tours infernales, où la tête vous tourne au fur et à mesure que vous grimpez les escaliers, où, croit-on, le septième étage serait une métaphore du septième ciel.

 

En plein centre, parmi les hôtels les plus huppés de la ville, une tour d'une dizaine d'étages remplie de bouges, de bars à prostituées émigrées des pays miséreux d'à côté (Laos, Vietnam, Thaïlande) ou emportant leurs chimères d'un peu plus loin encore (Biélorussie), où viennent se défouler tous les occidentaux de passage. Un vrai trafic d'esclaves sexuels en toute impunité, et pour tous les goûts ; les lady boys du crazy horse, les sado-maso d’Ipanema, tous les fantasmes, pour quelques billets, seront exaucés… avec le spectacle en prime. Masturbations collectives sous les yeux pervers des clients avinés, vérifications approfondies par ces mêmes clients que les ladys boys sont bien devenues des ladies, chacun y ajoutant son commentaire d’expert à la moue sceptique de son prédécesseur…

 

La ville, partout, est en ébullition constante ; quartier chinois, quartier indien, quartier européen, petite écosse, petit Maroc. Les danseuses de ventre dans la rue côtoient les joueurs de flûte de pan et les groupes de rythm’n blues, tandis qu’une place de style victorien en carton pâtes essaie de gagner la notoriété des terrasses de l’Indochine, où l’on veut croire retourner au temps des colonies…

 

La moindre parcelle de rive est emplie de terrasses et de bistrots divers, et quand il manque de place, le béton remplace la roche pour construire de nouveaux établissements commerciaux en hauteur, sans pour autant étancher la soif de consommation des singapouriens, décidément insatiables. Trop d’argent pour trop peu de place, alors on achète le bonheur artificiel et on se nourrit d’illusions…

 

Et la population ? trop faible selon le Léviathan. Doublez ! ordonne le chef de gouvernement dans la presse libre, qui acquiesce sans broncher. Déjà qu’ils s’entassent et vivent en flux tendu… Juste un exemple ; la principale route de l’île peut se transformer en piste d’atterrissage pour longs courriers en moins 15 minutes. Agrandir l’aéroport est inconcevable, ça prendrait trop de place…



Publié à 07:33, le 20/11/2008, Singapour
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comme un sentiment d`invasion

Nous n’étions ni à Kuala Lumpur ni à Kuching, encore moins à Port Kelang, mais à Kuantan. … En clair, nous n’étions pas en Malaisie. Du moins, selon les malais.

Une petite touche de couleur chinoise. Nous étions effectivement dans une petite Chine.

Ancienne région minière totalement désaffectée après le départ des britanniques, elle fut complètement repeuplée il y a quelques années par quelques chinois, sous la houlette d’un magnat tendance chef maffieux qui a tenté de relancer un carcan bouddhiste et chinois dans ce pays à l’immense majorité musulmane.

 

Zumai Lembing : le plus long dragon du monde, et le plus grand nombre de « bon dieuseries » chinoises dans le pays ; d’immenses fontaines allégoriques représentant les douze signes, une grosse boule pour aider la fortune, une autre sculpture grossière censée vous donner la puissance sexuelle sous réserve, bien entendu, de verser une obole. Le tout accompagné des commentaires avisés de notre guide qui ne manquait pas de délatter que le propriétaire des lieux était multimillionnaire et qu’il pouvait bien se débrouiller tout seul pour entretenir son parc ! Mais, qu’après tout, ça ne coûtait pas si cher que ça au visiteur et, ma foi, si ça pouvait garantir…

Le maffieux en question était par ailleurs très accueillant et particulièrement fier de ses différents objets qu’il nous montrait en exclusivité, le regard pétillant et détaché des gens qui se veulent puissants ; Vases, couteaux, plateaux, meubles, jeux divers, figurines de toutes tailles, en provenance de toute la chine et de telle ou telle dynastie (que j’ignorais parfaitement) avec, toujours, traînant négligemment à côté, le tarif exorbitant de ladite pièce dans telle vente aux enchères internationale, laissant entrevoir une photographie  de mauvaise qualité en guise de certifié conforme.

 

Il était effectivement en mesure d’entretenir son pseudo-parc spirituel et d’acheter toute la region pour faire bonne mesure, ce qu’il faisait d’ailleurs progressivement et qui exaspérait quelque peu les malais du district...



Publié à 07:27, le 20/11/2008, Kuantan
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Quand la beauté détruite cède la place au kitsch

Ils sont jeunes, peu nombreux, ont beaucoup de problèmes qu’ils refusent de résoudre, préférant remettre tous leurs maux sur le dos de leurs parents – parents qui, il faut bien l’admettre, avaient fait assez fort quant au déni de toute humanité et du bon sens en général…

Résultat, le Cambodge est un des pays les plus pauvres de la région, même si ses orgueilleux voisins, condescendants, l’invitent tout de même formellement à les rejoindre au sein de l’ASEAN.

Pays pauvre, traumatisé, qui écrit une nouvelle page du pays par la jeunesse de ses habitants, sans le savoir faire des anciens ; Temples bouddhistes reconstruits en cartons pâtes peuplés de jeunes moines en crise d’adolescence qui passent leur journée à glander, chahuter et fumer des cigarettes, Bouddhas rebâtis en vitesse en résine sur les cendres encore fumantes du passage khmère rouge… Quand la beauté détruite laisse place au kitsch.

Tout le pays n’est qu’un grand bazar somme toute sympathique, où les cambodgiens vivent avec débrouillardise en se contentant d’une vie facile. Après tout, n’est-on pas mieux ici qu’en Birmanie ou au Laos ?

Beaucoup d’européens, d’ailleurs, y prennent goût, et surtout des français. Des jeunes trentenaires ayant essuyé quelques échecs en France s’y installent, montent leur bar à « hôtesses », exploitent quelques pauvres jeunes filles… On retrouve aussi les mêmes avec quelques années de plus, devenus de véritables porcs, qui viennent se mettre le compte à bord du bateau, accrochés au bar, au bord de la nausée par le trop plein d’alcool, claquant les fesses de leur jeune compagne cambodgienne qui reste là, passive et mal à l’aise.

J’ai également rencontré un ancien commando marine, qui se plaignait auprès de moi que la France ne savait pas utiliser correctement ses anciens militaires et qu’on allait droit dans le mur. Il travaillait soi-disant pour une ONG américaine dans l’environnement. A force de le cuisiner, je me suis rendu compte qu’il était purement et simplement mercenaire et que son ONG était plutôt une sorte de milice spécialisée dans le renseignement.

Bref, que de gens paumés, ne trouvant pas leur place chez eux et s’essayant une vie plus simple dans un lieu où tout est permis, au risque de se perdre totalement, en enfonçant sur leur passage un pays qui déjà n’arrive pas à se relever tout seul…



Publié à 07:31, le 2/11/2008, Sihanoukville
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sumatra l'inconnue

 

D’Indonésie, les européens connaissent Java et Bali. C’est beau, touristique, les filles sont – très –jeunes et pas chères, et c’est toujours dévasté par un certain tsunami au nouvel an 2005.

Mais il reste environ 13 000 autres îles…

Et Sumatra ? Célèbre pour sa province d’Aceh qui a défrayé les chroniques car on voit rarement un conflit régional avec une fin heureuse (et il faut admettre que le nouveau gouvernement indonésien, avec l’aide de l’ASEAN et de l’UE, a réussi à maintenir une certaine stabilité et sécurité dans la région en leur confiant une large autonomie), mais sinon, on ne la connaît pas très bien.

 

En réalité, ce n’est pas totalement dénué de raisons… La principale ville de l’île, Medan, n’a aucun intérêt. Le port, Belawan fait parti de ces ports commerciaux (pas  aux normes ISPS) particulièrement glauques où la protection du bateau se fait  « ad hoc » par un amas de containers, qu’en plus, on loue très cher. Il n’y pas de branchements à quai, ni pour l’eau, ni pour l’électricité, il n’ y a pas de bennes pour les poubelles si bien qu’on les laisse traîner sur le quai façon « tiers-monde » et elles sont ramassées en vélo par quelques pauvres hères du port successivement dockers, lamaneurs, éboueurs, agents de sécurité portuaire et accessoirement mis pour emploi par les services de renseignements indonésiens.

Comme tout vrai port qui se respecte, on se bat avec les rats et nous n’avions pas besoin du durion offert par je ne sais qui au pacha pour avoir une odeur pestilentielle à bord du fait de la ventilation ouverte sur l’extérieur.

Durion : le roi des fruits selon les asiatiques, qui en sont particulièrement friands. Pour un européen normalement constitué,  ce n’est même pas concevable que cela puisse s’ingérer. Une fois le fruit ouvert, l’odeur vous monte à la tête et agit comme si vous aviez un brouillard dans le cerveau, avant que les organes olfactifs aient fait leur effet. Vous perdez alors l’équilibre, votre estomac tout entier vous remonte dans la gorge, et si vous tentez ne serait-ce que d’y tremper les lèvres, le goût perdure quelques heures dans votre bouche, entraînant une nausée que seul l’alcool peut remédier (c’est un argument comme un autre…et l’antidote à pas mal d’autres choses !)

Par mes fonctions de détenteur et responsable du nerf de la guerre, j’ai en plus eu la chance de découvrir les tréfonds de l’administration locale. L’armée tient un pouvoir politique et financier considérable dans le pays (un peu l’équivalent turc ou algérien) si bien que où que vous alliez en uniforme, d’autant plus officier, même étranger, les portes vous sont grandes ouvertes. Accompagné à la banque par deux colosses du renseignement qui prenaient un malin plaisir à montrer à tout le monde qu’ils étaient armés et qu’ils faisaient quelque chose d’important, j’ai pu quérir les devises du bord avec une colonne qui s’ouvrait progressivement devant moi. J’avais beau essayer de leur expliquer que mon objectif était d’être le plus discret possible pour récupérer l’argent, autant parler à des sourds ! « c’est notre mission » m’explique un gradé aux allures de cow boy moderne, me lançant un regard qui ne prêtait pas à la discussion avec la main vissée sur son pistolet…

Après la banque, mon escorte et moi-même nous sommes dirigés vers la banque centrale, pour chercher en vain une dépêche postale qui n’était jamais arrivée à Medan. Pourtant elle avait bien atterri à Jakarta. Bienvenue dans l’univers du modèle soviétique… Des locaux immenses, démesurément vides, avec ça et là des agents postaux qui courent toute la journée pour aller d’un bureau à l’autre, consciencieusement éparpillés dans cet important labyrinthe.

« ça m’étonne pas qu’elle soit paumée votre dépêche » me lance le consul.

« Et c’est toujours comme ça ? qu’on le sache pour que la prochaine fois on évite les dépêches à Medan…

Je ne sais pas, c’est la première fois que je mets les pieds ici ! »

Merci  consul, beau boulot !

Des gens avec le sourire, qui travaillent pourtant comme des machines.  L’un d’entre eux est debout devant un atelier en bois, avec devant lui une montagne d’enveloppes et de cartes, à sa droite un coussin enduit d’encre sur lequel il tape avec un marteau-tampon avant de frapper le courrier dans un geste automatique.

 

Sumatra, c’est aussi le lac toba, région des bataks venus en Indonésie par la mer, nous annoncent-ils avec fierté. C’est la raison pour laquelle leurs maisons sont construites comme des bateaux.

On ne voulait pas les vexer, mais compte tenu de la géographie du pays, on ne voit pas comment ils seraient venus autrement…

Bref, les villages sont tous aussi beaux les uns que les autres, enfin la maison du roi (parce que là-bas, le chef du village n’est pas chef de village, mais roi ! excusez moi du peu) faite pour héberger le chef et ses femmes. Quant aux autres, rien de tel qu’un peu de rusticité pour maintenir une vie saine ! Les bataks sont particulièrement pauvres, et ne vivent plus aujourd’hui que des saloperies qu’ils tentent de vendre aux touristes, chacun ayant exactement les mêmes exemplaires dans leurs boutiques. Le harcèlement, presque violent, les scandales, les caprices, voire les pleurs chez certaines femmes en cas de refus de notre part nous montraient pathétiquement l’état de misère dans lequel ils se trouvaient. On avait le sentiment de visiter une réserve où ils seraient parqués pour exposer du pittoresque aux touristes avides de folklore.

Goût amer dans la bouche, mélange de pitié et de colère…

Quant au lac, il ressemble davantage à une mer qu’à un lac, tellement il est immense, et notre bateau (construit comme un bus avec une carène au lieu des roues !) avait une gite et un tangage permanent, signe d’une réelle petite houle.



Publié à 03:37, le 5/10/2008, Medan
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comme un périphérique en heure de pointe

 

    Quelques jours dans l’océan indien en partance de la Réunion à tourner en double à la passerelle avec un chef de quart confirmé, avant que la décision du pacha ne tombe.

 

« commissaire, vous êtes lâchés »

 

 

    Une semaine plus tard et nous croisions Malacca, la route maritime la plus chargée du monde. Elle a , certes, un dispositif de séparation du trafic pour les navires marchands, mais entrecoupé par des  pêcheurs plus téméraires les uns que les autres.

 

    Déjà, les quelques centaines de milles précédent le détroit, la route se montre de plus en plus dense. De l’océan indien, où la seule trace de vie fut quelques battements d’ailes de fous venus s’approcher timidement de nous,  intrigués par cette grosse carcasse grisâtre  au large de Diego Garcia, la mer nous semblait encore un peu sauvage. Et puis, d’un coup, retour à la réalité marchande, brutal, qui nous tombe à travers de la nuque comme un couperet ; 80% du commerce mondial transite par les voies maritimes, avec aujourd’hui pour centre névralgique le détroit de Malacca. Ils viennent de partout ; de Corée, d’Australie, du Japon, de Chine, d’Afrique du sud, d’Europe, des Etats-Unis. Mes adjoints de quart peinent à les interroger tellement ils sont nombreux, et se mettent tous à faire des concours au nombre d’interrogation de navires marchands, à qui le premier paierait sa tournée à la prochaine escale…

 

    Des immeubles de containers nous doublent à 25 nœuds, avec un fardage tellement élevé qu’on les voit parfois à l’œil nu à 20 nautiques. Des monstres Ro-Ro, massifs, ne ressemblant en rien à des navires, nous coupent la route. Avec nos 95 mètres de longueur hors tout, nous sommes des liliputiens au royaume de Gulliver. La VHF est surchargée par les discussions pour éviter les collisions : « le navire devant moi à telle position et telle route/vitesse, on se fait un rouge rouge ? » OK, red to red… A droite 5 ! Merde, y’en a un autre qui se pointe à droite… Slaloms, accélérations, ralentissement, différenciation des lignes d’arbres, écartement de la route tracée, parfois bien franchement…la machine, aveugle, s’interroge en bas: « Mais nom de Dieu qu’est-ce que vous foutez là-haut ? »

 

    Et des navires poubelles, battant pour la plupart pavillon panaméen, font concurrence aux petits pêcheurs. Lequel sera le plus misérable ? Et pourtant, ils en parcourent des milles nautiques…

 

    Bref, une petite pression incessante, agrémentée de temps à autre par une overdose d’adrénaline sous un grain… (« Monsieur le commissaire, je n’ai plus rien au radar ! On a combien de bateaux autour de nous en manœuvre anti-collision ?  Bof… une petite trentaine. On va ralentir un peu, on ne voit rien à 50 yards. La machine, on passe en visibilité réduite !).

 

    Et  malgré tout… Des moments d’éternité. Prendre le quart de nuit, monter à la passerelle en tâtonnant le temps de s’acclimater à la faible luminosité, et apprécier la magie au dehors. Malacca de nuit, c’est Noël ! Une vaste étendue de mer, silencieuse, gorgée de lucioles en défilement, jusqu’à l’horizon.  Des navires de 300 mètres illuminés sur toute leur longueur, des remorqueurs traînant une veille carcasse d’acier rouillé, avec la remorque qui scintille, des petits commerces laissant un projecteur sur leur poupe pour dissuader les éventuels pirates d’attaques nocturnes, sans compter les petites fourmis de pêcheurs qu’on voit au dernier moment et que l’on manque de se tanquer à chaque instant (honnêtement, ma principale source de stress).

 

    Et toute cette lumière est suffisamment douce pour éviter la pollution lumineuse des zones habitées et nous offrir de surcroît la coupole céleste étoilée dans toute sa splendeur…

 

Je ne sais pas si a connu l’ivresse de la navigation le marin qui n’a pas croisé Malacca.  



Publié à 03:28, le 5/10/2008,
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"y paraît qu'on peut y aller qu'en hélicoptère"

 

Il parait que dans notre institution, on ne fait rien, mais on le fait tôt… Tout ce que je peux dire c’est que depuis mon arrivée sur l’île, j’ai oublié le sens du mot grasse matinée. C’est bien simple, pour profiter du « peï », il faut se lever avant le soleil pour commencer l’ascension avec lui.

Après le piton des neiges, le cirque de Mafate le weekend suivant. Sans doute le plus beau des trois cirques de la Réunion, mais également le moins accessible ; Il paraît qu'on ne peut y accéder qu’en hélicoptère, ou à pied. Et comme on n’a pas d’hélicoptère…

Cette fois ci Spiff est des nôtres. Je crois qu’au final il le regrette et il risque fort de trouver une excuse bidon pour la prochaine rando… Il faut admettre que le cirque de Mafate est vraiment à faire, mais avec Florent, il faut se mettre dans la tête que ce n’est pas la petite promenade digestive du dimanche après-midi ; La boucle de deux jours se fait en une journée, et hors de question de déjeuner avant d’avoir fini, ça risquerait de peser sur les jambes ; bref, première montée, je me froisse l’adducteur droit. J’ai un peu dégusté toute la journée et la pommade appliquée dans la matinée pour soi-disant chauffer le muscle n’a eu pour effet que de me brûler les précieuses…

 

Malgré tout, la journée fut excellente bien qu’exténuante. Le cirque est peuplé de quelques villages, à l’origine construits par des anciens esclaves marrons qui s’y réfugiaient pour fuir les représailles. Beaucoup des habitants en sont les descendants, et nombreux sont ceux qui ne sortent pas du cirque, préférant la vie simple de ce lieu magnifique en dehors du temps. On y trouve tout de même une petite école, une boîte postale et le lieu est pionnier question énergies renouvelables. C’est aussi un endroit très prisé des adeptes du mouvement rastafari (ils sont nombreux sur l’île) qui y vivent tranquillement avec leurs petites plantations de tomates, de cucurbitacées et de « zamal » (haschisch). On les reconnaît bien sûr à leur look mais également à leur drapeau multicolore dressé au milieu de la plantation.

On a un sentiment de paix, d’être protégé par les murailles naturelles des flancs de montagne, à sillonner les sentiers étroits entre les roches, à déguster des goyaviers, des mangues et des fruits de la passion qu’il suffit de lever le bras pour cueillir… En somme, avec des tentations ermites et spirituelles, c’est le coin rêvé.



Publié à 10:21, le 28/07/2008, Cirque de Mafate
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le piton de la fournaise

 

On avait décidé de prendre la voiture et descendre dans le sud de l’île pour le weekend, histoire de grimper le volcan. Ça nous faisait en plus l’occasion de découvrir la grand-mère de Florent, dont la réputation de ses rhums arrangés avait depuis longtemps traversé les océans (enfin, l’océan indien, la méditerranée, Gibraltar et le golfe de Gascogne, pour finalement s’échouer dans une rhumerie de Camaret.)

Après moult tentatives de persuasion jusqu’aux menaces, nous n’arrivons pas à convaincre Spiff de nous accompagner. Fatigué nous dit-il.  Qu’à cela ne tienne, nous partirons à trois (Florent le réunionnais, futur commando, Mathieu le mécano, et moi le commissaire). La vieille honda civic de location, par miracle, tient la route, si bien qu’en 2 heures de temps, nous voilà aux portes de St Pierre (70 km). Ce qui, admettons le, avoisine le record de vitesse. Ici, on ne compte pas les distances en kilomètres et le bouchon réunionnais n’est pas qu’une spécialité culinaire mais un véritable fléau, malgré toutes les velléités des pouvoirs locaux pour désengorger les voies de communication ; la route des tamarins entre St Paul et St Pierre est actuellement l’un des chantiers les plus volumineux de l’union européenne, et la route du littoral est la plus chère du monde en entretien (et peut-être la plus dangereuse entre la montagne qui s’éboule d’un côté faisant des morts tous les ans et la houle qui happe les voitures de l’autre côté…)

  St Pierre la majestueuse, la hipe, la ville en vogue de la Réunion, où tout s’achète, où tout se sait, où le gothique devient branché, où la moindre esquisse d’art ou de tentative qui serait kitsch ailleurs devient ici référence. Bref, là où il fallait que l’on aille pour découvrir l’âme de la Réunion… Et j’avoue que St Pierre m’est apparue comme la ville la plus accueillante et sympathique de l’île. Même s’il pleut plus que dans l’ouest. Passage obligé à Petit île, chez Nanou la grand-mère, qui sans grande surprise nous sert son rhum arrangé au fruit de la passion. On l’aura encore dans les jambes le lendemain…

Départ 5 heures du matin ; yeux gonflés, jambes ankylosées, météo pourrie, motivation en berne. Le volcan sous la pluie et le brouillard, ça perd 99% de son intérêt, il ne demeure que l’exploit sportif (qui n’a de surcroît rien d’un exploit, ça se monte aussi facilement que le Menez Hom). Et puis peu à peu, au fur et à mesure de la montée, les nuages stagnent et nous nous retrouvons rapidement au-dessus d’eux. Panorama superbe ; nous sommes assis sur un tapis de nuages, avec autour de nous le piton des neiges emmitouflé dans un pull de coton, le cirque de Cilaos, le piton de la fournaise… Nous sommes les premiers, seuls.

On se croirait presqu’en montagne, avec cet air un peu plus rare qui rafraîchit la gorge et les poumons, qui parfume la peau et les cheveux de senteurs minérales en fouettant un peu le visage. Une vraie ascension en somme… sans l’altitude. Suite à la dernière éruption massive en 2007, le cratère s’est effondré si bien que l’accès en est interdit. On peut quand même monter, mais on ne peut plus faire le tour du cratère, on reste donc assis sur la crête, à regarder la mer, prendre des photos, enfin, trouver des prétextes pour faire une pause avant de redescendre, sans perdre la face devant Florent qui est arrivé là haut un quart d’heure avant nous (et encore, d’habitude il le fait en courant…)

Le repas chez la grand-mère au retour est le bienvenu ; Cette fois ci on décline le rhum. En revanche, petit plus pour le fromage frais acheté à proximité du volcan servi avec une pâte de goyavier confit (fruit endémique de l’île) sur un quignon de pain croustillant accompagné d’un petit ballon de vin rouge. On en oublie ses crampes…



Publié à 10:15, le 28/07/2008, Le Tampon
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je pose le sac

ça y est, c'est le grand retour dans ma chère bretagne natale, à Plougasnou mondialement connue...

 

Mais rassurez vous ce blog ne va pas s'arrêter de suite puisque le 30 juin je serai à la Réunion pour un an. Enfin, autour de la Réunion puisqu'en un an, je naviguerai à peu près 6 mois.

 

Au programme : Asie du sud Est et mer de Chine, canal du Mozambique, Terres australes et antarctiques. Bref, encore de belles choses à voir et à raconter...

 

à très bientôt, donc.



Publié à 07:00, le 13/06/2008, Plougasnou
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qui a dit que la marine n'était pas rock'n roll ?

 

En 9 ans – i.e la dernière que je suis allé au Maroc, en 1999 – j’ai trouvé le pays changé. J’avais entendu parler de la lutte de Mohamed VI contre la corruption généralisée, mais je ne pensais pas voir une telle évolution ; comme un abcès qu’on aurait crevé, et qui aurait libéré toutes les énergies. De toutes les visites officielles auxquelles j’ai assisté, tant dans le milieu civil que militaire, j’ai vu un pays moderne, bien au dessus des standards des autres pays arabes. Je ne vais pas vous analyser les difficultés que le pays a à surmonter, elles sont nombreuses, mais disons que ce pays tire vers le haut. Enfin, c’est un sentiment.

Et puis j’ai redécouvert avec plaisir les fondamentaux ; Un accueil toujours aussi chaleureux et moins intéressé qu’avant - enfin, relativement -, les cornes de gazelles à la fleur d’oranger au goût légendaire - et pourtant j’avais oublié qu’elles étaient aussi douces au palais !-, le désordre ambiant mais tout de même fluide, les marchands de tapis toujours aussi voleurs, les porteurs vêtus de cuivre et d’étain d’eau toujours aussi vénaux en insistant pour se faire photographier à un prix exorbitant (j’ai eu un mal fou à expliquer à l’un que je ne voulais pas le prendre en photo, mais seulement boire de son eau aromatisée à la réglisse. Mais c’est vrai que les européens ne boivent pas de cette eau là, par manque de confiance), les cigarettes marquises toujours infectes mais dont on a plaisir à refumer…

Pendant ce temps là, à bord… Un évènement que seule la vieille dame peut organiser. Pour parapher un protocole d’accord de reconversion entre Renault et la marine nationale, on voit les choses en grand, ou comment transformer un bâtiment militaire en salle de réception et de concert ; Le pont en acier recouvert de moquette rouge, les cloisons et grosses portes étanches masquées par du lycra, le pont d’envol reconverti en scène de concert, montée en pièces détachées par une grue et bordée par les hélicoptères chassés de leur hangar.

Pour ma part, étant le cabinet pour l’escale, je me suis retrouvé parachuté GO de l’artiste (Dee Dee BRIDGEWATER, s’il vous plaît) et de ses musiciens incontrôlables. Et bien croyez le, mais c’était assez rock’n roll et je me demande encore comment on a réussi à associer deux mondes inconciliables.

J’avais les mains libres, le commandant était en bas à la réception, j’avais donc ses appartements pour les musiciens et je n’avais pas besoin de faire grand-chose pour les mettre à l’aise. Des gars ingérables, mais super sympas. De foi de marin, on n’a jamais vu une telle ambiance dans un carré commandant ; Ils ont mis une zone ! on a bien rigolé, on s’est ouvert le champagne, je leur ai fait visiter le bord, et j’ai en prime des photos me retrouvant au milieu d’une bande de zouaves fumant des joints devant les rampes de lancement des mer/mer 38… Bref, après les avoir mis en condition, ils ont pu arriver déchaînés sur scène ou les attendaient des types en uniforme. Surréaliste.

Et Dee Dee, qui n’est venue qu’après et que j’ai amené presque directement sur la scène par l’ascenseur hélico, elle est adorable…



Publié à 08:36, le 24/05/2008, Casablanca
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caricature d'escale de marins

Djibouti l’incontournable.

Sans doute l’escale la plus connue et la plus pratiquée de la marine. Le bon vieux commis du bateau, dans toute sa carrière, y serait allé presqu’une centaine de fois… Tout le monde en parle comme si c'était l'escale à ne pas manquer. Et pourtant, aux dires des vieux majors et maîtres principaux, la cigarette au bec et le regard nostalgique « Avant, Djibout’ mon p’tit gars c’était aut’ chose… Déjà depuis qu’ils ont enlevé l’escalier en bois et chez Nono, c’est plus pareil. »

Effectivement, ça ne doit pas être pareil qu'avant. Ou alors je suis définitivement naïf. Le genre d'endroit ou les textes de Soldat Louis prennent tout leur sens "D'un port sans loi où les gonzesses se bradent, bière et tafia tombent de la même cascade pour faire de toi le plus pochtron de la rade".

Je pensais qu’un port comme celui-ci aurait le charme de ces gens qui ouvrent leurs bras au monde entier, prenant à la volée un brin d’ailleurs qui s’offre à eux à chaque passage de bateau… J’espérai voir une population brassée, des langues diverses, des gens ouverts légèrement anarchistes ou révolutionnaire, comme tout bon vieux port qui se respecte...

Ici, c’est l’harcèlement continuel ; on a le sentiment que tous les passants dans la rue sont payés pour vous amener dans tel ou tel restaurant, bar ou boutique diverse et monnayent le moindre petit service, qu’ils vous imposent de surcroît. A chaque coin de rue des vendeurs de montres, de briquets qui font lampe torche à l’effigie de Ben Laden, Saddam Hussein ou Nasrallah,  de poudre du tigre, de cartes postales, de faux timbres, de serviettes de bain, de chapeaux en plastique, de cailloux, statuettes en bois, boules de sel, cigarettes à l’unité, T-shirts, lunettes de soleil, épices… Vous déambulez tranquillement à pied ? des taxis vous interpellent toutes les deux minutes, s’arrêtent en vous barrant le chemin pour que vous montiez. Et, comble de l’exotisme, des « naïs » plus ou moins en fin de vie (elles ont pratiquement toutes le SIDA) dans les bars tentent par tous les moyens de vous attirer leurs faveurs…

            Quelques bons souvenirs tout de même, je vous rassure ; un magnifique minibus pour nous amener au lac Assal. A quinze pour négocier, on  n’aurait pas espéré mieux ; tout déglingué, rose/mauve avec des pâquerettes dessinées sur les vitres, les rétroviseurs travestis en marguerite et les sièges en skye rose et vert fluo (cf photo). Et puis un énorme poisson grillé posé sur une assiette coca-cola dans une gargotte où, à première vue, on n'ose pas y mettre les pieds. Juste un poisson grillé; sans couverts, sans riz ni légumes, sans sauce. Rien que le bon coup de la chair fumé avec une pincée de sel et d'une autre épice dont j'ignorais l'existence, servi avec le sourire sans dent d'un vieux yéménite enturbanné sûr de la qualité de son poisson et de son four traditionnel. Allez, rien que pour ça, ça valait coup de venir... 

 



Publié à 03:46, le 24/04/2008, Djibouti
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loin de toute cette agitation du monde...

Le mouillage s’annonçait tendu, ou, plutôt, nous tentions avec peine de prévoir comment il s’annoncerait. En fait, on allait droit vers l’inconnu…

 

La carte la plus récente que nous avions datait de 1945, sans système géodésique, avec des relevés hydrographiques de 1885 et pour seul amer remarquable une mosquée dont nous ignorions si elle existait encore ou si elle n’était pas masquée par quelque bâtiment (après tout, en 63 ans, le relief d’une côte peut changer). Heureusement, l’eau y était tellement limpide qu’à 20 mètres de profondeur, on voyait encore le fond et les poissons, et donc les éventuelles épaves et les changements de sonde (en 125 ans, après deux guerres mondiales et de nombreux conflits régionaux, il y a tout de même quelques risques).

 

Approche à l’ancienne, donc, avec un zodiac en éclaireur et une vigie en tête de mâture, accueillis par des boutres de pêcheurs que nous louerons pour effectuer des navettes jusqu’à terre.

 

Socotra… ou les anglo-normandes du golfe d’Aden.

Ile yéménite au large de la Somalie, une demie Corse en superficie, petit havre de tranquillité coincé entre deux pays accoutumés des tensions et troubles internes. Une frégate de 140 mètres de long au mouillage, de mémoire de socotri, ça ne court pas les rues !

J’ai eu très peu de disponibilité pendant cette escale (qui était qui plus est particulièrement courte), mais le peu que j’ai vu en valait la peine ; débarqués à terre sur un port qui n’est qu’une plage aménagée où viennent s’échouer négligemment les barques sans tirant d’eau, pris en stop par une bétaillère qui nous conduit jusqu’à la ville d’Hadiboh, à une bonne quinzaine de kilomètres du port.

Et là, bienvenue dans un endroit oublié de la mondialisation, insolite et cosmopolite, au carrefour de civilisations africaines, arabes et indiennes. Aucun service public, pas une seule rue goudronnée mais rien qu’un sol meuble, de sable et de poussière, sur lequel sont entreposées des maisons en pierre non terminées. Les chats errants sont substitués par des chèvres qui n’ont à se mettre sous la dent que des détritus et du papier. En somme, une impression de phalanstère du tiers-monde, un village autogéré avec une grande autonomie des habitants (chacun semble construire sa maison, élever ses chèvres et cuire son pain), dans une ambiance paisible ; les hommes sourient, les femmes quand bien même voilées de la tête aux pieds ont une allure dilettante, les enfants continuent de jouer au football la nuit tombée dans l’artère principale de la ville qui n’est pourtant pas éclairée.

En forteresse de la ville, des montagnes minérales découpées comme des tessons de verre font penser à une côte battue par les vents. Le vent sec de la mousson fait des ravages ici ; deux mois par an, il souffle comme un damné jusqu’à atteindre 190 km/h. Seul un arbre tient le coup et en est devenu le symbole de l’île ; l’arbre du sang du dragon (nom sympathique n’est-ce pas ?). Curieusement, il ne donne pas de feuille mais des fleurs magnifiques, et sa sève est utilisée comme fard pour les femmes, m’explique-t-on.

Nous sautons de la bétaillère, et après une promenade dans la ville, nous engouffrons dans une échoppe où, visiblement, on peut s’y asseoir et prendre un thé.

« Vous n’avez que des dollars ? bah, ce n’est pas grave, vous paierez demain quand vous aurez échangé votre monnaie… ». On trouvera tout de même plus tard un marchand « touche à tout » qui pourra nous échanger nos dollars, si bien que notre dette sera effacée le soir même.

Et quand arrivera l’appel du muezzin au coucher du soleil, notre hôte ne nous demandera pas aimablement de partir pour qu’il puisse fermer son café. Il fermera effectivement sa boutique, mais au préalable il aura sorti une table et un banc sur la chaussée pour que nous finissions tranquillement notre thé ! Il rangera tout ça le lendemain nous dit-il… incha allah.

 

 



Publié à 06:07, le 21/04/2008, Socotra
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