brèves d'escales

une autre Venise, dit-on

 
 
 
La simplicité met en valeur des charmes parfois cachés par le génie artistique humain. Et je ne fais pas uniquement allusion à l’art baroque que je n’apprécie que modérément, mais bien à un aperçu plus global…

Ce constat élémentaire ne m’a pourtant réellement affecté qu’après m’être promené en pirogue à Ganvier, ville construite sur pilotis au milieu des eaux marécageuses dans le sud du Bénin.

Ici, point de fioritures : un marché à dominante « pêche » pratiquement au bord du marais et envahi par les moustiques, un sol boueux sur lequel des planches de bois branlantes, en équilibre grâce à l’effet ventouse, font office de ruelles, et des femmes assises sur ce qu’elles peuvent pour ne pas se salir font griller du poisson qui a longtemps perdu de sa fraicheur : « quand il n’y a plus de mouches autour, c’est qu’il n’est plus frais et qu’il faut le jeter, c’est pour ça qu’on se dépêche de le faire cuire »… Je vous prie au passage de noter la saveur du verbe « se dépêcher », d’une portée très relative.

Comme tout le reste, les bateaux - moyen unique de locomotion pour les riverains pour aller du port sur la terre ferme à leurs maisons dans le marécage - sont construits de bric et de broc, mais avec malgré tout une certaine homogénéité. On ne fabrique pas n’importe comment un bateau : Coque dégrossie à partir d’un tronc d’arbre, voilure tissée dans un assemblage de sacs de riz en toile de jute, mât fait d’une simple branche et rame en guise de gouvernail. L’environnement nautique étant principalement marécageux, donc à hauts-fonds, une perche constitue donc souvent le moyen de propulsion principal.

Ainsi, nous autres modernes en quête de pittoresque, amassés dans une pirogue de location pourvue d’un moteur hors-bord, ne sommes pas franchement les bienvenus. Les enfants nous insultent ouvertement et les adultes nous méprisent, à l’exception peut-être d’une vendeuse de beignets de manioc et de bananes qui nous avait abordés dans sa petite pirogue pour nous quitter toute souriante sans nous rendre la monnaie (on allait tout de même pas sauter à l’eau non ?), et les deux propriétaires du magasin de souvenirs, pour qui nous étions le seul fonds de commerce. Mais à la réflexion, leur mépris n’était sans doute que mieux dissimulé…

C’est un endroit qui malgré tout inspire une sympathie particulière de la part du visiteur : voir ces pirogues de fortune glisser sur les marécages entre les filets de pêche, souvent dirigées par les enfants, regarder ces gamins experts en manœuvre délicates pour aller chercher leurs copains à l’école et inventer un panel de jeux nautiques dans leurs quartiers aquatiques, sentir cette ville de 30 000 habitants vivant sur des maisons de travers, bercée par le clapot sous la salle à manger et l’éternel craquement des structures…
bref une ambiance de marins dans une ville qui vit différemment des autres, consciente et fière de son mode de vie atypique et qui tient à le préserver tant bien que mal en espérant faire partir les touristes par des insultes. Et peu importe si je suis la victime de leurs quolibets, ils me plaisent ces gosses, et je crois bien qu’au fond de moi je les envie un peu d’avoir un tel trésor à protéger… Donc oui, ça vaut la peine de se faire jeter à coup de jurons et de bras d’honneurs pour le payer le prix du petit coup d’œil.

Certes, aucun Andrea Palladio n’a contribué à la construction de Ganvier, ni un Véronèse ou un le Titien ne l'a décoré, pas plus qu’un doge n’a élevé la ville au statut d’Etat, mais cette petite perle sur l’eau est belle dans sa nudité et sa virginité, car il semble qu’à ce jour personne n’a encore pu ou simplement osé lui ôter sa vertu.

Publié à 11:22, le 20/03/2010, Cotonou
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