brèves d'escales

le paradis de l`artificiel

On dirait que la nature a perdu ses droits. Ici se construit une fausse authenticité du monde, une caricature de la mondialisation avec pour architecte la tyrannie de l’homme moderne. La ville du Lion, dit-on… Plus qu’un lion, un Léviathan qui n’a pour ambition que d’enrichir sa population sous fond de cosmopolitisme, pour mieux l’enfermer dans sa cage dorée. Pourquoi chercher à découvrir le monde, à aller à sa rencontre, quand on peut l’avoir dans le creux de la main ?

 

« Faites du bien, faites du mal, mais faites le toujours avec excès » affirmait Dahli.

 

Ils étouffent, mais disent aimer leur ville qu’ils surnomment tout de même « the fine city ». Et puis, après tout, la liberté n’est-elle pas relative elle aussi ? Certes, cracher par terre, fumer dans la rue, jeter un papier, dire des obscénités, traverser en dehors des passages piétons, prendre un taxi à 30 mètres du panneau « taxi », gratter la place du voisin de devant, valent des amendes totalement disproportionnées, voire une bastonnade au commissariat. Et pourtant, au milieu de cette citadelle anti-libertaire, parmi les colonnes de policiers en tenue et en civil, noyée dans l’ambiance de délation généralisée, vous avez Archord Road… les tours infernales, où la tête vous tourne au fur et à mesure que vous grimpez les escaliers, où, croit-on, le septième étage serait une métaphore du septième ciel.

 

En plein centre, parmi les hôtels les plus huppés de la ville, une tour d'une dizaine d'étages remplie de bouges, de bars à prostituées émigrées des pays miséreux d'à côté (Laos, Vietnam, Thaïlande) ou emportant leurs chimères d'un peu plus loin encore (Biélorussie), où viennent se défouler tous les occidentaux de passage. Un vrai trafic d'esclaves sexuels en toute impunité, et pour tous les goûts ; les lady boys du crazy horse, les sado-maso d’Ipanema, tous les fantasmes, pour quelques billets, seront exaucés… avec le spectacle en prime. Masturbations collectives sous les yeux pervers des clients avinés, vérifications approfondies par ces mêmes clients que les ladys boys sont bien devenues des ladies, chacun y ajoutant son commentaire d’expert à la moue sceptique de son prédécesseur…

 

La ville, partout, est en ébullition constante ; quartier chinois, quartier indien, quartier européen, petite écosse, petit Maroc. Les danseuses de ventre dans la rue côtoient les joueurs de flûte de pan et les groupes de rythm’n blues, tandis qu’une place de style victorien en carton pâtes essaie de gagner la notoriété des terrasses de l’Indochine, où l’on veut croire retourner au temps des colonies…

 

La moindre parcelle de rive est emplie de terrasses et de bistrots divers, et quand il manque de place, le béton remplace la roche pour construire de nouveaux établissements commerciaux en hauteur, sans pour autant étancher la soif de consommation des singapouriens, décidément insatiables. Trop d’argent pour trop peu de place, alors on achète le bonheur artificiel et on se nourrit d’illusions…

 

Et la population ? trop faible selon le Léviathan. Doublez ! ordonne le chef de gouvernement dans la presse libre, qui acquiesce sans broncher. Déjà qu’ils s’entassent et vivent en flux tendu… Juste un exemple ; la principale route de l’île peut se transformer en piste d’atterrissage pour longs courriers en moins 15 minutes. Agrandir l’aéroport est inconcevable, ça prendrait trop de place…


Publié à 07:33, le 20/11/2008, Singapour
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